Jardin de Chine, jardin botanique de Montréal

Description: 

Le Jardin de Chine du Jardin botanique de Montréal a été construit en 1990 dans le cadre d’une collaboration entre la Ville de Montréal et la Ville de Shanghai. Les artisans sont venus d’orient avec leur outillage, leurs échafaudages de bambou et les matériaux produits par des villageois au savoir-faire ancestral.

Voilà qu’en moins de trente ans, les conditions climatiques du Québec ont mis à rude épreuve ces constructions adaptées au climat subtropical de Shanghai.

Appelée à restaurer l’ensemble du site, BMAA est mandatée pour concevoir un projet d’envergure où la compétence des ouvriers locaux est conjuguée au savoir-faire des artisans chinois. Ces derniers seront venus expressément à Montréal pour reconstituer les toitures ornementales selon des techniques traditionnelles.

Avant d’en arriver là, il aura fallu réinterpréter les méthodes de construction traditionnelles tout en conservant l’essence du lieu. Chaque élément constituant ces huit pavillons aura été un défi technique et technologique.

Les charpentes de bois et les menuiseries
Construites à l’origine en pruche de l’Ouest canadien (sapin de douglas), les poutres et poteaux étaient tournés, taillés, biseautés puis recouverts d’une pâte fibreuse et d’une laque lustrée. Les contrastes d’humidité et de température ont vite eux raison de cette coquille qui s’est mise à fendiller et à écaler de toutes parts. Le bois devait pouvoir respirer, mais il fallait également concevoir une nouvelle coquille, cette fois à base d’une pâte de résine polyester renforcée de fibre de verre, dont le fini procure le lustre désiré.
Les boiseries à motifs géométriques et floraux ont mieux résisté. Ils ont soigneusement été démontés, poncés, consolidés, rapiécés, apprêtés et repeints. Certains d’entre eux, irrécupérables, ont été reproduits avec la précision d’une table de découpe numérique.

La maçonnerie
Les pavillons sont appuyés contre des murs de maçonnerie. Ceux-ci se prolongent pour former des cours intimes. L’une d’elles prend la forme d’un nuage avec son mur courbe et ondulant. Elle loge une exposition de penjings et de paysages miniatures. L’autre, plus formelle, accueille les visiteurs après avoir franchi le portique. Ses murs sont percés de huit ouvertures irrégulières à motifs floraux et cinq ouvertures carrées à motifs géométriques. Ces pièces uniques étaient irrécupérables. Elles ont été numérisées par balayage laser puis reproduites en béton haute performance (68Mpa).
La cour d’entrée met également en scène un bas relief majestueux. Ce dernier a aussi été numérisé par balayage laser, puis reproduit dans la pierre St-Marc grâce à une découpe numérique conjuguée à une finition à la main.

Les toitures
Dans la région de Shanghai, les toitures traditionnelles en terre-cuite sont installées sur un lit de mortier et elles sont assemblées un peu à la manière des ouvrages de maçonnerie. On tente de remplir au mieux les vides et les joints assurent l’étanchéité du système. Le mortier utilisé en 1990 était très riche en ciment Portland. Il ne laissait aucune place au mouvement. Les pièces de terre-cuite étant le maillon faible, elles ont fissuré de toutes parts. Il fallait reprendre l’ensemble de l’ouvrage, incluant les parapets, les arrêtes, le bestiaire et les grandes envolées qui caractérisent la silhouette de ces constructions.
La reconstruction de ces toitures s’avère un défi de taille. Non seulement faut-il relever, dessiner, cataloguer chacune des pièces, mais il faut également revoir tout le principe d’assemblage afin que l’on puisse protéger adéquatement les pavillons contre les infiltrations, et assurer la longévité de l’ouvrage.
Dès le départ, on sait que le système de tuile avec mortier est plus fragile qu’un système à sec tel qu’on le retrouve communément en Europe et un peu partout dans le monde. Il confère cependant une esthétique unique aux toitures. La réutilisation du système avec mortier devient incontournable.

On conçoit de multiples assemblages, on travaille en collaboration avec des manufacturiers, des artisans et des laboratoires, on réalise des maquettes grandeur nature. On emprunte aux systèmes de toitures bitumineuses, aux principes de drainage des fondations, aux produits de carrelage pour piscine, etc. pour finalement développer un système à plusieurs niveaux.

Il est ensuite décidé, en collaboration avec la direction du Jardin botanique, de confier l’assemblage primaire des toitures aux entrepreneurs locaux, alors que l’installation du terra-cotta se fera par des artisans tuiliers venus de Shanghai. L’opération se découle en quatre temps. Un premier lot de travaux est complété avant que les artisans chinois ne réalisent les toitures des trois premiers pavillons.

Une pause permet la tenue de l’événement des lanternes à l’automne 2017. Plus de 300 000 visiteurs sont accueillis alors que le site est partiellement en chantier. L’événement est un succès.

Un deuxième lot de travaux se poursuit et une deuxième cohorte d’artisans complète finalement l’ensemble des toitures.

Un éclairage architectural est intégré aux travaux. Il met en scène les détails des boiseries géométriques et joue les contre-jours en illuminant les grands murs blancs sur lesquels se découpe la silhouette des arbres et arbustes.

Le projet se conclut avec l’inauguration d’un legs de la Ville de Shanghai à la Ville de Montréal dans le cadre du 375e anniversaire. Ce legs, reconstituant un paysage de montagne miniature, prend place au centre de la perspective principale dans majestueuse cour d’entrée.

Client: 
Espace pour la vie
Jardin botanique de Montréal
6.00 M$
2014

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Beaupré Michaud et Associés, Architectes